♦ L’auteur : Antoine Guillou est coordinateur du Pôle « Energie et climat » de Terra Nova

Le traitement par les candidats de droite des enjeux climatiques, énergétiques et environnementaux, balayés en quelques minutes au détour du dernier débat des primaires, reflète non seulement une absence de réelle prise de conscience de la gravité du changement climatique, mais aussi une dangereuse incapacité à le penser autrement que comme un simple problème catégoriel.

Nicolas Sarkozy, dont on peine à suivre les changements de position sur le climat, semble considérer avant tout la lutte contre le changement climatique comme une contrainte pour les agriculteurs ou les entreprises. Quelques rares sujets, tout juste effleurés par les candidats, sont agités artificiellement comme autant de chiffons rouges pour mieux marquer une différence supposée avec le gouvernement. Le gaz de schiste est présenté par Nicolas Sarkozy comme une victime du principe de précaution, oubliant au passage que c’est sous sa présidence que la fracturation hydraulique a été interdite, et alors que c’est avant tout son absence de compétitivité économique qui explique son non développement en Europe. En matière d’énergie nucléaire, les candidats semblent s’accorder pour prolonger les centrales existantes, mais n’abordent pas la question centrale du mix électrique français : la durée de vie des centrales existantes peut effectivement être prolongée, mais seulement temporairement ; par quoi les remplacera-t-on ensuite ? (A l’exception – notons-le – de Bruno Le Maire qui avance une piste dans son programme, en demandant à EDF de publier un « plan d’action » détaillant l’évolution du parc nucléaire centrale par centrale. Une idée intéressante… d’autant plus qu’elle est déjà peu ou prou inscrite dans la loi sur la Transition Energétique et ne demande qu’à être mise en œuvre.)

La lutte contre le changement climatique mérite mieux : elle est certes un impératif, mais c’est aussi une formidable opportunité de relancer notre économie, de repenser les services publics et d’améliorer nos modes de vie. Le changement climatique interroge nos politiques en matière d’éducation, de santé, de transport, de logement mais aussi les enjeux internationaux en matière de migration, de sécurité ou de commerce. Sur ce dernier point, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé ont brandi l’idée de taxe carbone aux frontières de l’Union Européenne : si lier climat et commerce international est effectivement nécessaire, en la matière le réalisme suggère plutôt de mettre l’accent sur les normes – que les candidats de droite accusent trop souvent de tous les maux – que sur une hypothétique taxe carbone européenne.

Nous ne surmonterons pas le défi du changement climatique avec des caricatures et des raisonnements cloisonnés et à courte vue, mais avec une vision politique à la fois globale et ambitieuse. Aucun des candidats aux primaires de la droite n’a malheureusement fait preuve d’une telle vision.