Thierry Pech est directeur général de Terra Nova

La primaire de la droite et du centre va rendre son premier verdict dimanche prochain. Mais les débats qu’elle a suscités ont déjà livré trois enseignements significatifs : un arc de crise interne sur la question de l’identité, une obsession technocratique et un dangereux évitement de la question sociale.

Le premier est classique : il n’y a pas une droite, mais plusieurs. Et, de ce point de vue, si elles se forment sur des terrains différents, ses divisions ne sont pas moins profondes que celles qui parcourent la gauche. Entre une droite « forte » ou « nationale » incarnée par Nicolas Sarkozy, et une droite humaniste et modérée emmenée par Alain Juppé, les points de vue seront rarement conciliables et les électorats recherchés difficilement compatibles. Or, ces lignes de fracture qui se sont dessinées dans la primaire ne seront pas effacées par la victoire d’un camp ou d’un autre le 27 novembre prochain. Elles risquent au contraire de se prolonger dans la campagne : le vainqueur de la primaire cherchera très probablement à « recoller les morceaux », soit pour endiguer le Front national si les modérés l’emportent, soit pour rassurer les centristes dans le cas inverse. Ces tensions continueront ensuite à travailler la majorité si la gauche est battue en 2017.

Le second – l’obsession technocratique – explique la grisaille et l’ennui qui se sont emparés des débats entre les candidats. Que beaucoup d’entre eux aient cherché à livrer une copie précise et détaillée de leurs intentions, notamment en matière économique, est un fait qui mérite d’être salué. Mais un projet présidentiel nécessite plus qu’un défilé de mesures techniques – dont beaucoup sont d’ailleurs largement réchauffées. Les candidats auraient dû avoir à coeur d’expliquer où ils veulent conduire le pays, de raconter l’avenir qu’ils poursuivent et de faire partager l’idée qu’ils se font de la société. De ce point de vue, les Français n’auront pas trouvé là les éléments d’un nouveau récit collectif.

Le troisième est sans doute le plus grave. Les candidats à la primaire de la droite et du centre ont presque tous fait l’impasse sur la question sociale. Dans un moment où, presque partout dans le monde occidental, la cohésion sociale donne des signes préoccupants d’affaiblissement et où la précarité et le sentiment d’abandon nourrissent des « votes insurrectionnels », pour reprendre les mots d’Hubert Védrine, les candidats à la primaire de la droite et du centre sont restés pour ainsi dire sourds à ces questions. Les classes populaires et les classes moyennes inférieures, travaillées par la précarité, l’insécurité sociale et la peur du déclassement, ne trouveront pas là matière à retrouver confiance dans l’avenir.