François Berthélemy et Antoine Guillou sont co-auteurs de la note « Pour une stratégie climatique audacieuse : des propositions pour agir sans attendre » et membres du groupe de travail « Energie et climat » de Terra Nova.

1. Quel est le bilan de la COP21 ? Quels sont selon vous les grands enjeux de la COP22 qui s’ouvre aujourd’hui à Marrakech pour ériger à nouveau la lutte contre le changement climatique en priorité ? 

En ayant permis l’adoption par 195 pays de l’Accord de Paris, qui donne un cadre d’action pour atteindre l’objectif universel de limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, la COP 21 a été un succès indéniable, quasi-unanimement salué. Cependant, si l’Accord de Paris est ambitieux quant à son objectif global, il laisse à chaque pays la responsabilité de réduire ses émissions : or, dans leurs états actuels, la somme des contributions nationales conduirait à un réchauffement global de plus de 3°C. Le défi de la COP 22 et des conférences suivantes est donc de réduire rapidement cet écart entre l’ambition globale et la somme des ambitions nationales, en progressant rapidement sur les enjeux méthodologiques, financiers et de gouvernance.

2. Quelles sont les mesures à mettre en oeuvre sans attendre dans le sillage de l’Accord de Paris ?

Il est primordial de décliner l’Accord de Paris à tous les niveaux : international, européen, et national. Au niveau international, la fin des subventions aux combustibles fossiles et la généralisation des mécanismes de tarification du carbone doit être une priorité. Au niveau européen, nous promouvons une refonte en profondeur de la gouvernance de la politique climatique de l’Union, préalable indispensable à la réforme de l’EU ETS, le marché européen de quotas d’émissions de CO2. Enfin, à l’articulation de ces deux niveaux, nous préconisons de lier les enjeux commerciaux et climatiques, en créant une norme européenne, voire internationale, de «certification bas-carbone» afin de lutter contre le dumping environnemental.

Au niveau national, pour accompagner la prise de conscience des enjeux climatiques et de leurs impacts sur les générations futures, nous proposons de moduler les droits de succession sur l’immobilier en fonction de la performance énergétique des bâtiments.

3. Que pensez-vous de la place accordée aux enjeux climatiques dans la campagne qui s’ouvre ? Pourquoi ne faut-il pas perdre de vue ces sujets ? Ont ils été trop peu traités aujourd’hui? 

Le décalage entre l’importance cruciale des enjeux climatiques et leur traitement politique est flagrant, comme en témoigne leur absence des deux premiers débats de la primaire de droite. Le défi climatique affecte pourtant déjà dès aujourd’hui l’ensemble du champ politique, appelant à repenser de fond en comble et sans attendre non seulement nos modes de vie et notre économie, mais également les grands enjeux géopolitiques.

L’Accord de Paris a créé un cadre international, mais laisse aux Etats la responsabilité d’agir: le débat politique national doit se hisser à la hauteur de cette responsabilité.