Jacques de Maillard est  politologue, directeur adjoint du Cesdip (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales) et spécialiste des questions de sécurité intérieure et de gestion locale des troubles urbains. Co-auteur du rapport « Police et population : pour des relations de confiance » de Terra Nova, il en a piloté l’élaboration.

1. Quels constats faites-vous sur l’état des relations entre la police et la population aujourd’hui en France ? Comment se pratique l’autorité ?

Globalement, les résultats des recherches convergent pour souligner que l’état des relations est plutôt négatif, surtout quand on compare la France à d’autres pays européens. Si le niveau d’opinions positives est relativement élevé (entre 60 et 80 %), quand on porte des jugements sur l’action de la police (est-elle juste ? est-elle équitable ?), les résultats sont plus contrastés. De nombreuses études ont également documenté plus précisément la défiance de certaines franges de la population (jeunes, urbaines, de milieu social peu élevé) vis-à-vis de la police. De leur côté, les policiers français nourrissent le sentiment d’être des mal-aimés, que leur autorité est constamment bafouée. Pourtant, ce constat récurrent n’a pas vraiment donné lieu à des politiques de réformes.

2. L’image de la police oscille entre méfiance et confiance ; vous évoquez notamment un « état de grâce » conjoncturel suite aux attaques terroristes de 2015 et 2016 où les policiers ont été érigés au rang de héros nationaux, qui n’a pas duré. Quelles sont les raisons de cette ambiguité ? 

L’état de « grâce » tenait à des facteurs conjoncturels : le policier victime, que la population est encline à soutenir. En fait, la relation est traditionnellement ambivalente : on aime le policier qui nous protège, on déteste le policier qui nous réprime (ou nous verbalise !). Une part de la crise actuelle tient à la succession rapide de ces deux logiques (du policier victime de Charlie Hebdo aux moments plus troublés du maintien de l’ordre lors de la loi travail). Les interventions policières reposent sur l’usage potentiel de la force, et auprès de publics qui ne souhaitent pas nécessairement voir intervenir les policiers… Le policier ne peut donc être aimé tout le temps et par tout le monde. Mais la question de la légitimité de ses interventions se pose. C’est ce que nous avons voulu aborder dans ce travail.

3. Que faut-il faire pour rendre la police plus légitime, et quels seraient les grands axes d’une stratégie de réforme de la police? 

 Il a été beaucoup question ces dernières semaines du malaise policier. L’idée forte au coeur de ce travail est que ce malaise et le caractère plutôt négatif des relations police/population ne font qu’un. Nous sommes convaincus qu’une police plus légitime, plus acceptée, dans laquelle la population a confiance, est une police à laquelle on obéit plus, à laquelle on donne plus d’informations. Les policiers ont donc tout à gagner d’une politique qui vise à renforcer la confiance du public. Les forces de police doivent investir très fortement la question des contacts avec la population : comment améliorer la qualité de la relation au quotidien (savoir gérer les tensions, communiquer avec le public). Ensuite, le caractère généraliste et territorialisé de l’action policière doit être rappelé : les policiers règlent des problèmes sur des territoires (villes, quartiers) : ils doivent absolument savoir les comprendre, savoir nouer des relations avec les partenaires et rendre des comptes localement. La priorité doit donc viser à une amélioration structurelle de la confiance police-population, politique qui ne peut être que de moyen terme, et suppose un changement des modes de recrutement, de formation, de management, de définition des priorités et d’association des partenaires locaux.