Martin Andler et Laurent Daudet sont co-coordonnateurs du pôle Enseignement Supérieur et Recherche de Terra Nova

Un texte de compromis sur la sélection en Master vient enfin d’être signé par quasiment l’ensemble des parties prenantes : représentants des universités, des ministères, et des organisations étudiantes et syndicales. Il convient de saluer cet accord à la fois sur le fond, mais aussi sur la forme, s’agissant d’un enjeu de première importance pour notre enseignement supérieur.

Sur le fond, parce qu’en instaurant le principe d’une sélection à l’entrée du Master, ce texte met fin à une incohérence qui empoisonne la vie des universités depuis trois quinquennats, avec la survivance d’une sélection entre les deux années du Master héritée du système pré-LMD (Licence / Master / Doctorat) mais  officiellement bannie du nouveau système, comme l’a rappelé au printemps dernier le Conseil d’Etat. Cette situation absurde laissait sur le carreau bon nombre d’étudiants à qui l’on interdisait la poursuite d’études jusqu’au diplôme, bien qu’ayant validé leur première année. Pédagogiquement, elle empêchait la construction d’un véritable cursus sur 4 semestres, à spécialisation progressive, appuyé sur la recherche, et reconnu internationalement.

Terra Nova a été un des premiers think-tanks à porter sur la place publique cette question, dont il n’est pas exagéré de dire qu’elle a longtemps été taboue, en particulier à gauche – le mot même de « sélection » étant encore aujourd’hui soigneusement évité dans les communiqués officiels qui parlent de « recrutement ». Note après note[1], nous avons répété que la sélection que nous appelions de nos vœux n’avait pas pour objectif de limiter le nombre des étudiants, mais bien d’établir un contrat de réussite entre les étudiants et les universités qui se choisissent mutuellement, et donc in fine d’améliorer la réussite étudiante. A titre personnel, plusieurs membres de notre groupe ont été à l’origine d’une tribune dans Le Monde lors du printemps dernier[2], avec une pétition enjoignant les responsables politiques de ne pas céder à la facilité en laissant pourrir le problème.

Sur la forme, enfin, parce qu’il n’est que trop rare en France d’arriver à un texte de compromis, que chacun peut à juste titre revendiquer comme une victoire, mais où tous ont dû faire des concessions. Le texte final n’est pas l’accord rêvé par Terra Nova, qui par exemple aurait souhaité faire une part plus belle à la mobilité inter-établissements ou à la reprise d’études dans le cadre de la formation tout au long de la vie –  trop peu encouragée dans notre pays. Mais l’essentiel y figure.

Cette réforme donne à nos universités la liberté de « recruter » leurs étudiants en Master, les mettant enfin, au moins à cet égard, à parité avec les grandes écoles et les universités étrangères. Gageons qu’elles sauront le faire avec intelligence, en recherchant leurs futurs étudiants sur la base d’une diversité de critères, permettant au plus grand nombre  de réussir dans des cursus nécessairement exigeants. En contrepartie, les étudiants retoqués recevront trois propositions d’accès à d’autres masters correspondant à leur projet professionnel.

On peut interpréter cet accord équilibré à l’aune d’une recomposition du paysage syndical étudiant (montée en puissance de la FAGE), ou comme l’affirmation, à l’approche d’échéances électorales, d’une capacité du gouvernement à réaliser une réforme radicale en matière d’Université. Ou, tout simplement, on peut le voir comme une victoire du pragmatisme sur des postures idéologiques.

Et on peut se mettre à rêver à ce que dans un avenir proche, il soit même possible de réformer l’admission dans le premier cycle universitaire, là aussi pour une meilleure orientation et une meilleure réussite des étudiants…

[1]  http://tnova.fr/notes/la-selection-a-l-universite-un-engagement-de-reussite

http://tnova.fr/notes/neuf-idees-pour-redonner-confiance-aux-universites-et-aux-universitaires

http://tnova.fr/notes/autonomie-des-universites-il-faut-passer-aux-travaux-pratiques

[2] http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2016/02/23/les-masters-doivent-etre-selectifs_4870239_3232.html