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Etude Terra Nova – Bpifrance Le Lab

« Entreprendre dans les quartiers, les conditions de la réussite »

septembre 2016

3 questions à Djellil Bouzidi, co-auteur de l’étude, économiste et co-coordonnateur du pôle Economie de Terra Nova

1. Pourquoi cette étude ? 

Nous avons lancé cette première étude conjointe avec Bpifrance Le Lab pour « déconstruire » un certain nombre d’idées reçues relatives aux « quartiers » et proposer une grille de lecture différente. Ces Zones Urbaines Sensibles (ZUS), sont souvent appréhendées sous le seul prisme de l’appui, voire de l’assistance des pouvoirs publics. Nous avons tenté de démontrer avec cette étude que l’entrepreneuriat est un moteur méconnu du développement tant social qu’économique des quartiers. Mais ce moteur fait face à un risque de panne. Pour l’éviter nous devons changer d’approche et identifier les causes de cette fragilité. Pour cela, nous avons mené une analyse fine de l’écosystème entrepreneurial des quartiers, basée sur trois outils : un sondage réalisé par Opinion Way, une analyse statistique des données Bpifrance ainsi que plusieurs interviews. A beaucoup d’égards, c’est un travail inédit, et même pionnier.

2. Vous démontrez que les ZUS sont riches en entrepreneurs, fertiles en innovation et en création de valeur. Pourtant, il existe encore beaucoup d’idées reçues sur ces territoires qui pâtissent d’une image négative. Quels sont les freins que vous avez pu identifier ?  

Le sondage que nous avons réalisé fait d’abord ressortir que les entrepreneurs des quartiers ne sont pas très différents des autres. Ils rencontrent le même type de difficultés que leurs homologues des autres territoires, mais… en pire ! La première difficulté mentionnée est celle de l’accès aux crédits bancaires. Puis viennent les retards de paiements, véritable fléau (y compris au niveau national) qui grève la trésorerie de ces entreprises et menace leur stabilité. Le manque de débouchés commerciaux est également une difficulté rencontrée par les entrepreneurs qui souhaitent étendre leurs activités et ventes au-delà de leurs territoires. Pourtant, malgré ces freins, leurs performances ne sont pas globalement moins bonnes que celles des autres : elles sont même parfois meilleures ! Le paléanthropologue Pascal Picq, qui a travaillé sur ces problématiques, pense même que « l’avenir de notre pays réside autant dans nos banlieues qu’à Normale Sup’ ». Pour lui, ce sont les jeunes entrepreneurs qui sont capables de « faire évoluer notre modèle » et qui créeront les entreprises de demain.

3. Quelles sont les recommandations que vous souhaitez faire auprès des pouvoirs publics et du secteur privé pour dynamiser ce secteur ? 

Nous faisons cinq recommandations qui s’adressent tant aux banquiers qu’aux pouvoirs publics et aux entrepreneurs eux-mêmes. Tout d’abord, étant donné les difficultés pour accéder aux données statistiques, nous proposons d’encourager la mise à disposition de la statistique publiques sur les entreprises des quartiers. Ceci permettrait de réaliser des études approfondies sur cette thématique et de consolider ces premiers diagnostics. Ensuite, pour remédier aux freins cités ci-dessus (délais de paiements et accès aux financements), nous proposons de développer des produits d’affacturage spécifiques et dédiés aux TPE et PME des quartiers. Puis, pour améliorer les débouchés et perspectives commerciales, nous recommandons, d’une part, de créer des accélérateurs de croissance pour de jeunes entreprises des quartiers dans deux régions pilotes ; et, d’autre part, de créer un baromètre pour mesurer les échanges entre les grands groupes français et les TPE/PME des quartiers. Enfin, nous préconisons d’explorer la création de contrats à impact social axés sur la création d’emplois et d’entreprises s’appuyant sur les associations de quartiers les plus professionnelles. L’idée étant d’intégrer des mécaniques de paiement au résultat afin de maximiser les coûts évités pour la collectivité.